Des ateliers sur l'histoire, dans un musée, dans une église patrimoniale

 

Depuis plusieurs années déjà, Archéophone présente des ateliers au Musée des Maîtres et Artisans du Québec. Les groupes scolaires qui assistent à ces ateliers sont toujours surpris de constater que ce musée, situé dans l’arrondissement Saint-Laurent, se trouve à l’intérieur d’une église qui semble venir tout droit du Moyen-âge.

 
À une époque où le Québec s’interroge sur l’avenir de ses églises, il est intéressant de savoir que ce bâtiment nous est parvenu après avoir changé deux fois de vocation : D’église presbytérienne, elle est devenue une chapelle catholique, avant de devenir enfin un musée.
 
Après un retour sur les moments forts de l’histoire de l’église-musée, cet article présentera trois artefacts de notre patrimoine religieux.
 
L’église-musée
 
Musée des Maîtres et Artisans du QuébecL’église qui abrite aujourd’hui le Musée des Maîtres et Artisans du Québec à d’abord été construite en plein centre-ville de Montréal,  à l’angle des rues Dorchester (aujourd’hui René-Lévesque) et Sainte-Monique (cette rue n’existe plus aujourd’hui), pour desservir une communauté presbytérienne. Elle dominait alors le Vieux-Montréal, du haut d’une terrasse.
 
La communauté presbytérienne en question était principalement composée d’Écossais qui venaient de quitter la Grande-Bretagne pour venir s’installer à Montréal. À cette époque, les églises d’Écosse étaient construites selon le style néogothique anglais afin de rappeler la ferveur religieuse qui régnait au Moyen-âge. L’église de la rue Dorchester sera donc, elle aussi, inspirée de l’art gothique du Moyen-âge (XIIe au XVIe siècle).
 
Les travaux ont débutés en novembre 1867. En juin, une cérémonie à lieu au cours de laquelle fut installée une pierre angulaire abritant divers documents d’époque, dont un exemplaire de l’acte d’Union du Canada, un exemplaire de la revue The Presbyterian, une liste de donateurs, les journaux du jour et des pièces de monnaie. Dès le 27 septembre 1868, l’église était en fonction. Le coût du bâtiment s’élevait alors à près de 100 000$. Portant à l’origine le nom de St. Paul, l’église fut rebaptisée St. Andrew and St. Paul suite à une fusion en 1918.
 
En 1930, les presbytériens doivent abandonner leur église au CN, qui projette d’utiliser l’endroit pour construire un grand terminus ainsi que son siège social. Cependant, les projets du CN seront abandonnés à cause du crash économique, de sorte que c’est maintenant l’hôtel Reine-Élisabeth qui occupe le site.
                                                                                
Au même moment, de l’autre côté de l’île de Montréal, la chapelle du Collège de Saint-Laurent déborde d’élèves. Cependant, le manque d’argent empêche d’envisager la construction d’un nouveau bâtiment. Il est donc décidé d’acheter et de transporter l’église St. Andrew and St. Paul. Le CN accepte de céder gratuitement l’église au Collège, à condition qu’elle soit démantelée en 60 jours.
 
Du 10 octobre au 8 décembre 1930 se déroula un déménagement d’une envergure qui n’avait jamais été vu auparavant au Québec. La crise économique fût d’une aide précieuse, puisqu’elle rendait la main-d’œuvre abondante et bon marché. Des chiffres et des lettres ont été peints sur les pierres de parement de l’église afin de retrouver facilement leur emplacement lors de la reconstruction. Les pierres les plus fragiles ont ensuite été acheminées par camion, tandis que les autres ont voyagés par train. Lucien Parent, l’architecte en charge de ces travaux, a fait installer des bas-reliefs d’inspiration catholique sur la façade afin de marquer la nouvelle vocation de l’édifice. De plus, la partie arrière a été agrandie pour s’adapter aux traditions des catholiques, lesquelles misent d’avantage sur les célébrations eucharistiques. La première messe catholique fut célébrée le 1er novembre 1931.
 
En 1967, les Pères de Sainte-Croix cessèrent de gérer le Collège de Saint-Laurent, ce qui entraîna aussitôt l’abandon des pratiques religieuses. Gérard Lavallée, un professeur d’arts plastiques du Collège qui récupérait des objets d’art religieux traditionnels catholique des XVIIIe et XIXe siècle, profita de l’occasion pour y installer un musée, lequel sera ouvert au public 1979. Ce musée, qui s’appelait alors Musée d’art de Saint-Laurent, est désormais connu sous le nom de Musée des Maîtres et Artisans du Québec.
 
Gérard Lavallée considérait l’église comme une pièce de la collection : «Cette chapelle-là est désormais un lieu historique. On n’a pas à la transformer comme on le fait dans certains collèges qui utilisent les chapelles pour en faire des bibliothèques. On ne touche pas à une boiserie ou à une pierre». Des modules amovibles ont donc été installés pour contenir l’exposition du musée. Ils ne touchent à aucun mur de l’édifice et ne sont pas rivés au plancher.
 
L’intervention de Gérard Lavallée permettra à une église de conserver son intégrité tout en changeant sa vocation. Ainsi, une pièce de notre histoire se dresse aujourd’hui à quelques pas du Collège de Saint-Laurent, auquel il est relié par une passerelle. L’aspect architectural de l’église relie, en quelque sorte, le Moyen-âge et une période importante de la migration écossaise vers Montréal (1785 et 1890). Ces migrants ont participés à la naissance des premières églises protestantes, avant même que des églises anglicanes ne soient construites. Cette église fait donc partie d’un courant qui met fin au règne presqu’absolu de l’Église Catholique qui marqua l’époque de la Nouvelle-France. Dorénavant, Catholiques et Protestants cohabiteront sur notre territoire. En mettant la main sur l’église de la rue Dorchester, les Pères Catholiques ont mêlé leur histoire à celle de la seconde religion en importance au Québec. Finalement, en transformant l’église en musée,  un visionnaire à dressé un pont entre le passé et l’avenir.
 
 
Quelques pièces de notre patrimoine religieux, exposés au musée
 
 Dès le 18e siècle, les maîtres orfèvres font des affaires d’or. L’élite réclame de l’argenterie et les Amérindiens échangent volontiers leurs fourrures contre des parures. Mais surtout, l’Église oblige les paroisses à posséder des vases sacrés en or ou en argent.
 
 
L’ostensoir est aussi appelé soleil. La pièce en forme de soleil peut contenir, en son centre, une hostie. Le petit pain circulaire, qui représente Jésus Christ, est ainsi exposé à la vue des Catholiques.
 
L’ostensoir était exposé sur l’autel (table sacrée) chaque premier vendredi du mois, et porté en procession dans les rues lors de la Fête-Dieu (fêté 60 jours après Pâques). Lorsqu’il la transporte dans les rues, le prêtre ne touche à l’objet qu’avec un voile.
 
 
1832 Argent, or, verre
 
 
 
Le porte Dieu est un petit contenant qui permettait de transporter des hosties pour aller donner la communion à la campagne ou en plein bois. En d’autres temps, ils devaient être placés dans un contenant plus gros, plus lourd et plus difficile à transporter : le ciboire.
 
19e siècle Argent
 
Des archives datées de 1703 rapportent que le prêtre de la Nouvelle-France y mettrait autant d’hosties « qu’il y aura de malades à communier (…). Si les temps sont fâcheux et les chemins difficiles, il pourra monter à cheval, ou se mettre en canot (…) après avoir mis la boëte dans une bourse qu’il pendra à son cou, et l’attachera devant son estomac, afin qu’elle ne soit pas trop secoüée. »
 
 
Les statuts de la Vierge à l’Enfant représentent deux personnages clef dans les croyances Catholique : Marie, qui serait la mère de Jésus, et Jésus alors qu’il était enfant.
 
Au début de la colonie, les Catholiques accordaient une grande importance à la vierge Marie. Cependant, cette importance à beaucoup déclinée dans les années 1960.
 
 
 
 
 
Vers 1755, Bois, feuille d’or
 
 
 
Réservez un atelier au Musée !
 
Archéophone  présente conjointement avec le Musée des maîtres et artisans du Québec une activité intitulée : Des premières nations aux canadiens français. Cette activité s’adresse au 2e et 3e cycle du primaire, ainsi qu’aux secondaires 2 et 4. Pour plus d’informations et pour réserver, consultez le programme éducatif et culturel du musée.
 
 
Références
 
Rémillard, François, 1991, Un Musée dans une église. Le Musée d’art de Saint-Laurent. Musée d’art de Saint-Laurent. 105 p.
 
Panneaux explicatif du Musée des maîtres et artisans du Québec